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A propos de l’éducation…

Entre technologie et tradition, gérer les déséquilibres

 

En Afrique du Nord, notre façon de vivre, notre façon de nous comporter et même notre politique de développement sont très influencées par tout ce qui est européen. On est très proche géographiquement de l’Europe, mais c’est aussi toute l’historique de colonisation qui a fait qu’on a gardé des relations très privilégiées avec l’Europe. Particulièrement la France et l’Espagne. On est bien informé de ce qui se passe dans ces pays. Alors on est pas mal exposé aux nouvelles technologies. D’autre part, depuis cinq ans, la plupart des pays d’Afrique du Nord ont entamé un processus d’ouverture vers le marché global. Il y a eu une prise de conscience politique que la manière classique de nous développer économiquement, c’est à dire d’alimenter des relations privilégiées avec les pays de l’Union européenne, ne suffisait plus. Il n’y a aucun moyen de survivre si on ne se met pas au niveau des standards internationaux de qualités, de développement technologique, d’éducation et de formation. Partant de la nécessité économique d’ouverture et de compétitivité, les pays ont commencé une politique d’investissement dans les nouvelles technologies. Au niveau de la formation universitaire et dans les écoles supérieures, il y a davantage de spécialités concernant les nouvelles technologies. Au niveau des infrastructures de télécommunication, il y a eu une modernisation très importante. Ce qui nous différencie des autres pays de l’Afrique, c’est qu’il y avait une infrastructure de télécommunications opérationnelle dès le départ. Il suffisait de la moderniser. Au niveau de la population, nous avons toujours été très ouverts vers l’extérieur. Nous sommes tous des pays qui ont beaucoup investis au niveau du tourisme.L’introduction de l’Internet au Maroc n’a pas été une initiative nationale ou politique. Un groupe de cinq personnes a fait un travail de promotion, de vulgarisation, et de sensibilisation auprès des décideurs qui ne savaient pas à quoi Internet pouvait servir et ce que cela pouvait apporter au Maroc. La première facteur en faveur de l’introduction d’Internet au Maroc, était la nécessité d’avoir des systèmes de télécommunications qui permettaient de participer au marché global. Une deuxième facteur était la nécessité d’avoir des échanges d’informations à l’intérieur du pays pour être compétitif vis-à-vis d’autres pays. La troisième facteur était le déséquilibre entre les régions du Maroc, notamment entre les zones rurales et les zones urbaines.

Comment ce changement a-t-il été vu par la population?

La tradition de communication au Maroc est orale. On communique très peu par courrier. On communique beaucoup plus en rencontrant les gens, en les connaissant. Pour nous les relations humaines sont absolument centrales à notre tradition et à notre culture. Les gens sont totalement gênés du fait de mettre une machine entre eux et les autres, et de communiquer avec des gens qu’ils ne voient pas, qu’il ne connaissent pas. Cela risque d’être l’obstacle à l’introduction massive d’Internet pour un bon nombre d’années.

Y a-t-il une notion communautaire au Maroc qui permettrait à Internet de renforcer les contacts entre les gens plutôt que de suivre le modèle individualiste occidental?

Nous avons une tradition communautaire qui est suffisamment forte pour que l’introduction de cette technologie ne risque de mettre cette valeur en péril. Pour relativiser les choses, Internet ne serait jamais un outil populaire. Ce sera un outil pour des professionnels qui vont l’utiliser pour des objectifs bien spécifiques. Ce n’est pas pour autant des gens qui ont arrêté de se rencontrer.

Cela restera un outil professionnel?

Internet ne deviendra pas un outil de grand public avant quelques années, pour plusieurs raisons. D’abord, le parc d’ordinateur est très limité et son utilisation est strictement professionnelle. Etant donnée le prix d’un ordinateur, il y a très peu d’utilisateurs individuels. Si on ajoute le prix d’un modem et d’un abonnement à Internet, le nombre d’utilisateurs potentiels diminue énormément. Selon une étude que nous avons réalisée, on ne dépassera jamais les 2 millions utilisateurs au Maroc sur une population de 26 millions. Il y a aussi eu une étude pour comparer le trafic qui rentre et qui sort du Maroc. A notre grande surprise, c’était très équilibré. Cela nous a permis de mieux convaincre les décideurs…

Avec seulement une ligne internationale de 128k. au départ, la politique était de commencer petit. Après 3 mois, il y avait saturation de la bande passante et au bout d’un an, on prévoit de passer à 2 Mega. L’introduction d’Internet a créé une dynamique de publication d’informations nationales qui étaient auparavant très difficile d’accès. D’autre part, il y a un grand projet pour relier toutes les universités du Maroc et on a commencé à mettre en place des projets d’utilisation sur le terrain comme la mise en place de visioconférence pour la formation de formateurs dans le monde rural afin de répondre au déséquilibre d’infrastructure entre le monde urbain et le monde rural.

Contrairement à ce qui est visé par des pays occidentaux, il n’y a pas de politique de généralisation de ces moyens au Maroc.

Il s’agit de réalisme. Nous avons actuellement cinquante pour-cent d’analphabètes au Maroc. Etant donné les impératives de développement économique, peu d’attention a été portée à l’éducation et à l’alphabétisation. Nous avons une infrastructure à quatre-vingts dix pour-cent numérique mais nous avons un taux d’utilisation du téléphone très bas (2 téléphones pour 100 habitants). Il existe parfois un téléphone par village. On réfléchit à la mise en place de cybercafé dans les villages, mais le taux d’analphabétisation atteint quatre-vingt pour-cent dans les milieux ruraux. Ils ont un rythme de vie incroyable. Ils se lèvent à 5 heures du matin et ne terminent que vers six ou sept heures du soir. Ils ont des valeurs complètement différentes et ne mettent pas leurs priorités sur l’utilisation de ce type de technologie.

On a déjà eu des expériences d’utilisation du multimédia via CD-ROMs dans des campagnes de sensibilisation au planning familial, à la lutte contre le sida, à la santé, à la bonne hygiène de l’eau. Mais c’était le multimédia, pas le texte. L’image est très importante chez nous. On ne peut pas faire un événement sans prendre beaucoup de photos. L’illustration est un élément très important dans notre culture. L’image animée encore plus. Alors dans une telle tradition orale et de l’image, le multimédia est parfaitement adapté.

Comment cela se fait qu’il y a une aussi grande partie de la population qui vivent sans lire et écrire?

Vu leur manière de vivre, ils n’en ont pas besoin. Ils ont maintenu une tradition de contacts humains. Je trouve que c’est malheureux. Il faut au moins leur donner le choix. Il faut qu’ils apprennent à lire et à écrire. Le problème est qu’on ne leur a même pas donné ce choix. Au début, la création d’écoles primaires dans les zones rurales n’était pas une priorité au Maroc. Maintenant que les priorités ont changées, il faut tabler avec un ensemble de traditions et d’habitudes …

Comment se fait-il qu’il y a des infrastructures téléphoniques digitales mais pas d’écoles primaires?

Nos priorités de développement avaient été élaborées en vue d’avoir une position internationale. Le développement strictement nationale a été moins bien réfléchi. Dans les grandes villes, on trouve les meilleures universités ainsi que des gens très bien éduqués. Dans les ministères on y trouve des gens très compétents. Alors que dans le monde rural on trouve des gens qui ne savent ni lire et ni écrire, qui ne sont pas au courant des choses qui se passent dans le monde. Ils ne savent même pas ce qui se passe au niveau politique dans le pays. Ils s’en fichent même.

D’autre part, l’analphabétisme est beaucoup plus grave chez les filles que chez les garçons. Dans le monde rural, les filles se marient très jeunes (vers 13, 14 ans). Il y a une nouvelle loi qui interdit de marier les filles avant 16, 17 ans. Le fait d’avoir repousser le mariage donnerait, peut-être, un peu plus d’opportunité à ces fillettes d’accéder à un enseignement. En plus, la plupart des écoles sont très loin des villages, et les parents préfèrent investir dans le garçon que dans la fille. Pour eux, la destinée naturelle de cette fille est d’être l’épouse de quelqu’un. Au départ, la politique nationale n’a pas voulu confronter de telles habitudes et traditions. Maintenant, il y a une politique beaucoup plus agressive qui se heurte à des valeurs traditionnelles. Du point de vue musulman, l’interdiction de marier les jeunes filles n’est pas acceptable parce que le père est le tuteur absolu. Il y a aussi des lois qui punissent les parents qui n’ont pas laisser leurs enfants terminer l’enseignement primaire ce qui leur permet de savoir au moins calculer, lire et écrire.

Pourquoi garder ses enfants hors de l’école?

Le monde rural est très pauvre. L’enfant est une main-d’oeuvre qui ne coûte rien du tout…

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